Revue de presse

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Un spectacle à voir en famille, absolument. Car il y a fort à parier que les adolescents, souvent réticents à la « lecture imposée », découvriront ici avec un vrai plaisir la modernité et la force des textes de Maupassant. Servis avec intelligence et sens du rythme, ses contes retrouvent une vitalité contagieuse.

Il est de ces seuls-en-scène qui ne cherchent ni l’épate ni la modernité forcée, mais qui, par leur précision, leur sens du rythme et une sincère affection pour le texte, finissent par emporter l’adhésion sans un bruit. Contes de Maupassant, interprété par Clément Krieg fait partie de ceux-là.

Tout commence dans la clarté malicieuse de La Légende du Mont Saint-Michel, où l’ironie du conte se déploie avec aisance . Clément Krieg donne à la langue de Maupassant tout son éclat, en cultivant l’humour sans jamais forcer le trait. Un geste, un regard, une inflexion, tout est juste. Il suffit d’un coup de peigne un peu vif, d’un revers de veste ou d’un col relevé, et le personnage surgit. À vue, sans artifice, presque mine de rien.

Peu à peu, le ton se durcit. Avec La Mère aux monstres, l’humour cède la place à un malaise grandissant. Clément Krieg en toute sobriété, laisse monter la cruauté en sourdine, sans effet, ce qui n’en est que plus dérangeant. Vient alors Le Horla, où l’on bascule dans l’angoisse. Le fantastique s’insinue par petites touches, dans la voix, le regard, la tension des silences. Clément Krieg, habité sans être démonstratif, donne corps à cette peur diffuse, presque clinique.

Et puis, avec La Nuit, le récit bascule dans un vertige noir, quasi métaphysique. Le silence s’épaissit, la lumière se réduit, et Clément Krieg semble s’effacer dans l’ombre même du texte.

Ce qui frappe, au-delà de la maîtrise du jeu, c’est le respect scrupuleux du mot juste. Pas une ligne modifiée, mais une interprétation vivante, habitée et personnelle. On sent chez lui l’amour profond des textes, sa générosité de jeu, et une intelligence dans la manière d’en révéler la densité sans jamais les alourdir.

La mise en scène de Laurent Priou  intelligemment agencée, accompagne les textes sans les encombrer. Il y a un vrai travail de précision sur les lumières, les ruptures de rythme, les respirations. Rien n’est appuyé, et c’est ce dépouillement , pensé mais pas démonstratif, qui donne au spectacle sa respiration particulière.

Le public ne s’y est pas trompé , les ados présents dans la salle , les adultes l’ont longuement applaudi, touchés par ce moment de théâtre pur, modeste en apparence mais d’une richesse indéniable. Un comédien à suivre, assurément.

Fanny Inesta


Les Contes de Maupassant ont un point en commun avec l’opéra : c’est beau en la forme, émouvant sur le fond, et ça finit toujours mal…Mais in fine, c’est tellement beau qu’on y revient quand même !

Les amateurs de Maupassant, dont l’auteur de ces modestes lignes fait partie, ont-ils un goût particulier pour les choses tristes ? Ou est-ce le goût pour la beauté d’un style épuré, parfaitement accessible grâce à une grande qualité d’écriture, grâce à des formules claires et précises, qui ne cède en rien le pas à la beauté ou à la marge d’imagination du lecteur ? Ou le goût pour les réflexions profondes de Maupassant sur la nature humaine, sur des sujets de société qui peuvent parfois encore trouver un écho aujourd’hui, ou sur ce que Clément Krieg appelé la “troublante porosité entre le bien et le mal”, ou encore sur les sujets de la folie, de la perception de la réalité ou de ce qui nous est invisible ?

Ce qui est sûr, c’est que les textes de Maupassant, de par la clarté de leur style et leur précision, par leur côté efficace et percutant, sont immédiatement accessibles au lecteur, mais aussi, par là même, se prêtent parfaitement à l’exercice théâtral, et constituent un terrain de jeu idéal pour un comédien talentueux qui voudrait se les approprier sur scène…

…Et aujourd’hui, le comédien talentueux, c’est Clément Krieg, qui s’offre le plaisir de faire vivre ces textes à travers l’une de mes disciplines théâtrales préférées : l’art du conteur.

Clément Krieg nous offre une petite sélection de quatre textes, subtilement équilibrés entre eux et qui lui offrent une belle palette de jeu.

Hormis le fameux “Horla”, ces textes ne sont pas les plus connus, mais ils n’en sont pas pour autant les moins plaisants… notamment “La nuit”, extraits des contes fantastiques de Maupassant, que l’auteur de ces lignes affectionne tout particulièrement…

Cette sélection nous donne un petit aperçu de la palette des atmosphères de Maupassant ; et, sans spoiler, ils illustrent bien cette capacité de Maupassant à vous terrifier, vous prendre par les tripes, et vous faire réfléchir…

L’équilibre entre les quatre récits est idéal, tant du point de vue littéraire que du point de vue de la mise en scène. Ils correspondent à quatre rythmes différents, quatre enjeux différents, quatre atmosphères différentes, et non seulement ils se complètent parfaitement bien, mais ils offrent quatre terrains de jeu différents à Clément Krieg : ce qui lui permet d’être créatif en nous fournissant quatre jeux différents, chacun intéressant et complémentaires.

Au style épuré de Maupassant répond le style épuré de la mise en scène de Laurent Priou, qui laisse le spectateur se focaliser sur l’essentiel : la voix douce et posée, captivante, de Clément Krieg, qui a ce petit quelque chose d’envoûtant… Laissez-vous prendre par le récit de Maupassant, et par la voix de Clément Krieg, et sa gestuelle simple et efficace, vivante et amusante, et sans vous en rendre compte, vous serez rapidement hypnotisé pour partir vers un beau voyage dont vous ne réveillerez qu’à l’intermède entre deux récits…

Et, à chaque récit, un style de jeu différent, toujours en tension, de la gaieté, de la gravité, mais surtout, les monologues des contes du “Horla” (1886), de “La nuit” (1887), « La Mère aux monstres » (1883), et « La Légende du Mont-Saint-Michel » (1882), sont l’occasion de voir le conteur se transformer en son personnage sur scène, habité, pour ne pas dire possédé par le texte…

Bref, si vous aimez autant que moi ce plaisir d’écouter la virtuosité d’un conteur au coin du feu, alors je vous recommande chaudement ce spectacle regroupant talent littéraire, quant au sujet conté, et talent oratoire pour faire vivre le texte !

J’aimerais tellement vous en dire plus, sur la richesse de ces textes, ou sur leurs thématiques qui ont poussé Clément Krieg à les choisir, ou de la finesse du jeu subtil et de la mise en scène simple et efficace, mais je suis déjà fort bavard, et je ne veux pas vous en dévoiler davantage, et vous retirer le plaisir de la surprise… Aussi, il est temps de le taire et de vous laisser faire par vous-même l’expérience de ce plaisir du conteur !

Julien M.


Le choix de ces trois nouvelles de Maupassant est judicieux. On entre avec bonheur dans la légende du mont Saint-Michel, où l’esprit Normand fleurit, où les personnages caricaturaux ont toute la saveur du monde, où le diable nous est sympathique et le saint assez odieux… Les valeurs sont inversées mais les saveurs de la Normandie fort présentes. La mère aux monstres est une nouvelle forte, dure sur une époque où une femme va trouver une possibilité de survivre en utilisant son corps pour mettre au monde des monstres. On est bien dans l’époque de Zola. Et le Horla !!! nouvelle très connue qui ressemble tant à Maupassant, là les masques tombent, ses craintes viennent au jour…

Clément Krieg interprète avec justesse, dans un minimalisme remarquable.

Il donne aux mots leur place et ouvre grand les portes de l’imaginaire. Que la promenade est belle au milieu de l’œuvre de Maupassant, toute la saveur de ses écrits et de ses idées est là, toute l’âme normande baigne dans cette représentation. On est au centre de ce roman réaliste, de la sobriété, de la précision, de la langue pittoresque et de la référence à la folie… thème qui le poursuivait. Il pose un regard pessimiste et angoissé sur la vie.

Clément Krieg est comme en retrait il laisse la place à Maupassant et aux personnages de ses nouvelles, donnant à sa voix toute la force et la saveur des mots. Son jeu est sobre mais d’une efficacité redoutable, on ne perd rien, on va derrière lui attentifs à son propos à la prose qu’il nous propose.

La mise en scène et le décor dépouillés sont d’une extrême efficacité, dans la lignée d’un Peter Brook au mieux de sa forme. Est-il besoin de faire appel à un scénographe pour en dire davantage, et surtout de polluer le propos. Là nous sommes tout à fait dans l’esprit de Maupassant à la recherche du réalisme dans les mots, cette mise en avant de la langue pittoresque, du comportement des personnages. Cette relation à la Normandie, à une terre qu’il aimait tant.

Une proposition théâtrale d’une qualité remarquable, quelle maîtrise, quelle intelligence !!!!

Il faut courir voir cette pièce où il n’y a rien à enlever ni à rajouter, c’est tout simplement beau.

Jean Michel Gautier


Et sur le site du festival d’Avignon :


Une interview donnée à Maupassantiana, revue spécialisée sur Maupassant : http://www.maupassantiana.fr/Revue